Le chanvre (Cannabis sativa) accompagne l’humanité depuis si longtemps qu’on ne sait plus très bien quand tout a commencé. En France, on l’avait rangé dans un coin de la mémoire. Il revient pourtant, dans le bâtiment, le textile, les champs. Et quand on parle d’autonomie, on s’aperçoit vite qu’il a de quoi m’intéresser.
Une plante de tous les usages autrefois
Il y a deux siècles, tout le monde en connaissait l’usage. Jusqu’au XIXe siècle, il poussait dans presque toutes les campagnes françaises. Ses fibres, longues et solides, faisaient des cordages et des câbles dont la marine à voile ne pouvait pas se passer (« canevas » vient d’ailleurs de lui). Elles servaient aussi aux voiles, aux toiles robustes, au linge de maison, aux vêtements de travail. Les draps de chanvre se léguaient de mère en fille, de père en fils. Avant que la pâte à bois ne s’impose, le papier venait de là. Les graines, elles, donnaient une huile qui servait à s’éclairer ou à cuisiner.
Puis il a reculé. Le coton l’a concurrencé, les fibres synthétiques et le pétrole ont fait le reste, et une réglementation sévère, pensée contre son cousin riche en THC, lui a porté le coup final. Aujourd’hui, on peut de nouveau le cultiver en France, à condition de choisir des variétés autorisées, à faible teneur en THC (moins de 0,3 %).
Une croissance très rapide
Ce qui frappe, c’est sa vitesse. Cent à cent vingt jours suffisent pour qu’il monte à 2 ou 4 mètres. Il recouvre le sol si vite que les herbes indésirables n’ont pas le temps de s’installer, et il réclame en général peu de traitements. Ses racines profondes travaillent la terre en dessous, ce qui en fait une très bonne tête de rotation. Là où un arbre met des décennies à fournir de la matière, lui la renouvelle en une saison.
Le chanvre dans l’isolation et la construction
Dans la construction, c’est là qu’il se développe le plus aujourd’hui en France. On le trouve en laine, en rouleaux ou en panneaux, pour isoler les murs, les toitures, les combles. Mélangé à de la chaux, il devient béton de chanvre, utilisé pour des murs ou des chapes. Il existe aussi des enduits et des plaques pour les rénovations écologiques. Comme les autres isolants biosourcés, il tient bien la chaleur en été en ralentissant les pics, il régule l’humidité, et son bilan carbone reste léger : la plante stocke du CO₂ pendant qu’elle pousse. Tous les produits ne se valent pas, pourtant. Regardez la conductivité thermique (lambda) et la résistance thermique (R) que les fabricants annoncent, et comparez. Pour un chantier qui touche à la structure, confiez la pose à un professionnel.
Dans l’assiette, il a aussi sa place. Les graines décortiquées se glissent dans les salades, les pâtes à tartiner, les pâtisseries. L’huile s’emploie à froid, en assaisonnement.
Le chanvre alimentaire et le CBD
Le CBD (cannabidiol), lui, est une molécule extraite de certaines variétés de chanvre. Sa vente est encadrée : les produits doivent contenir très peu de THC et venir de variétés autorisées, et les règles bougent. Ici, pas d’avis médical ni de promesse d’effet. Pour toute question de santé, demandez conseil à un professionnel, et vérifiez la réglementation en vigueur avant d’acheter quoi que ce soit.
Son histoire
Reste une question que peu de gens se posent : comment le cannabis médical a-t-il pu disparaître des pharmacies d’un coup ? Au XIXe siècle, on le trouvait partout, en teinture, en sirop, et même en cigarettes thérapeutiques prescrites contre l’asthme, les rhumatismes ou l’insomnie. On aimerait croire que la science a fini par démontrer qu’il ne servait à rien. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Il a été évincé par des pressions politiques, des intérêts financiers et un bouleversement pharmaceutique, tout ça mêlé.
Tout s’accélère aux États-Unis dans les années 1930. Harry Anslinger dirige le bureau des stupéfiants et lance une campagne de diabolisation à grande échelle. Dans l’ombre, l’industrie du papier de bois et le géant de la chimie DuPont regardent le chanvre d’un mauvais œil : il gêne leur pâte à papier, il gêne leurs nouvelles fibres synthétiques, le nylon en tête. En 1937, le Marihuana Tax Act étouffe la filière sous des taxes et une bureaucratie démesurées. Médecins et pharmaciens, épuisés, finissent par ne plus le prescrire.
Le mouvement s’étend au monde entier, décennie après décennie. En 1961, la Convention unique sur les stupéfiants de l’ONU classe le cannabis parmi les drogues dangereuses « sans intérêt médical majeur » et pousse les États signataires à aligner leurs lois. Pendant ce temps, la médecine change de visage. Les nouveaux antidouleurs et les tranquillisants arrivent, et la plante passe définitivement à la porte.
En France, le cannabis est rayé de la Pharmacopée en 1953. Plus d’un siècle d’usage médical se referme, avant que la loi de 1970 ne verrouille tout. Il a fallu attendre près de 70 ans pour qu’on se remette enfin à regarder ses vertus thérapeutiques avec un œil scientifique.
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