Une lentille, c’est sec par définition. Alors pourquoi diable l’arrose-t-on de produits chimiques juste avant de la récolter ? Parce que, au Canada, le climat ne la laisse pas se dessécher toute seule. Et ce que l’on trouve ensuite dans le paquet mérite qu’on s’y arrête, sans exagérer ni minimiser.
Pourquoi on les arrose avant la récolte
Dans l’Ouest canadien, premier fournisseur de lentilles de la France, l’été est frais et humide. Les plants ne mûrissent pas tous en même temps et restent verts alors que les gousses sont prêtes. Les producteurs pulvérisent donc un produit qui tue la plante pour tout assécher d’un coup. Les matières actives homologuées pour cet usage dans les lentilles sont le glyphosate, le dibromure de diquat, le saflufenacil et le glufosinate. Reporterre cite le glyphosate comme produit principal. Cette pratique est proscrite en France, où le vent et le soleil suffisent.
Ce que les analyses ont trouvé
En 2017, Générations Futures a analysé douze légumes secs vendus en France, dont sept lentilles. Du glyphosate est apparu dans sept d’entre eux. Les plus chargés : les lentilles vertes (2,1 mg/kg) et les lentilles blondes (1,3 mg/kg), et selon l’association les plus contaminées venaient du Canada.
Plus récent : en juin 2026, la RTS (Suisse) a fait tester douze paquets de lentilles, vertes, rouges et brunes, à la recherche de glyphosate, de paraquat et de diquat. Sur les huit paquets non bio, six contenaient des résidus. Deux dépassaient la loi suisse : des lentilles brunes canadiennes, à trois fois la limite, et des lentilles américaines, à deux fois la quantité maximale de paraquat. Aucun résidu détectable dans les lentilles bio ni dans les lentilles suisses.
Un manque d’alignement sur le plan international
Avant juin 2012, l’Union européenne tolérait 0,1 mg/kg de glyphosate dans les lentilles. Après des lots refusés à la frontière, elle l’a portée à 10 mg/kg, soit cent fois plus, à la demande d’une coalition menée par Pulse Canada, avec Monsanto et des négociants en grains. Un marché de 110 millions de dollars par an était en jeu. La limite canadienne, elle, est de 4 mg/kg. Ce qui frappe, c’est que la norme a suivi le commerce, pas l’inverse.
Que ce soit légal ne dit pas que c’est anodin : cela dit la loi le permet. Je ne tire aucune conclusion médicale ici, les chiffres ci-dessus disent ce qu’ils disent.
Une filière française qui pèse peu face au prix
Environ la moitié des lentilles consommées en France est importée. En 2024, 25 000 tonnes sont venues du Canada sans droits de douane, à un prix de moitié inférieur, d’après Reporterre. Les surfaces françaises ont doublé entre 2015 et 2020 : lentille verte du Puy (AOP), lentille du Berry (IGP, Label rouge). Interrogé à l’Assemblée nationale en novembre 2025, le ministère de l’Agriculture a répondu en février 2026 que les règles relevaient de l’Union européenne, qu’une révision des limites de résidus de 97 substances non approuvées était en cours depuis 2021, et que, tous produits confondus, environ 250 000 lots avaient été contrôlés en 2024 pour un taux de non-conformité sanitaire autour de 1,5 %.
Dans l’assiette
Trois repères simples. Regardez l’origine sur le paquet : elle est obligatoire. Les lentilles bio excluent le glyphosate, et aucun résidu n’a été détecté dans les bio testés par la RTS. Et les lentilles françaises, AOP ou IGP, ne passent pas par la dessécation.
Le sujet dépasse l’assiette.
Sources :
- Reporterre : la lentille canadienne met à mal la filière française (janvier 2026)
- RTS : lentilles, résidus de pesticides détectés (juin 2026)
- Générations Futures : rapport glyphosate (2017)
- Top Crop Manager : l’UE porte la limite de glyphosate à 10 ppm (2012)
- Assemblée nationale : question n°10796 et réponse du ministère (2025-2026)
- Weed Technology : herbicides de dessécation dans la lentille



